Nouvelle enquête publique sur la RN 147

S’il voudrait que les travaux soient terminés avant l’épuisement des recours, il ne s’y prendrait pas autrement…

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Pour eux, le village de Sourue avait tout d’un « havre de paix ». Situé à proximité de Nieul, dans un écrin de verdure, ce hameau a vu sa tranquillité troublée par les travaux préparatoires au futur chantier de 2X2 voies entre Nieul et Couzeix. « L’un des plaisirs de ma fille, confie une habitante, c’était de se mettre face au jardin pour prendre son déjeuner en regardant les biches. Mais avec les coupes d’arbres, c’est terminé. » « On les a entendus, un soir, de nuit, couper les arbres, le 11 novembre dernier, se remémore son mari. On voyait les phares à travers les arbres. »

« On entend davantage la route, poursuit sa compagne. On se demande ce que ce sera quand la nouvelle route sera au fond de notre jardin. »

Une habitante de Sourue (Opposée au projet de RN 147)

Ce couple n’est pas le seul à s’inquiéter. Louis (*) va perdre une partie de sa propriété familiale, « un peu moins d’un hectare », estime-t-il. « Notre idée, c’était d’avoir un endroit pour protéger la nature, la biodiversité, explique-t-il. Ce projet met tout ça en l’air. » Louis a refusé l’accord à l’amiable que certains ont passé avec l’État et ce mardi, il fera partie des habitants qui vont recevoir la visite du juge de l’expropriation « pour estimer le prix des terrains ». « Ça montre que l’État veut aller vite », souligne un membre du collectif des Alouettes, opposé à ce projet à 132 M€.

De fait, le calme relatif qui règne aux abords de la future emprise de la 2X2 voies, dont un viaduc doit enjamber la Glane, ne dit rien des mouvements souterrains qui rythment le dossier. La semaine dernière, après des mois de silence, l’État et les collectivités qui financent le projet se sont fendu d’un communiqué jugé « lunaire » par les opposants au projet.

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« Suite aux travaux préparatoires réalisés en 2025, les cofinanceurs ont donné leur accord pour la mise en œuvre des travaux de terrain des prochains mois, assure le communiqué : réalisation des fouilles archéologiques faisant suite aux premiers diagnostics, extension des zones d’action sur le futur linéaire (clôture, défrichement, nouveaux diagnostics) ». « Au moins, ils officialisent les fouilles, souffle le représentant des Alouettes. En revanche, quand ils disent que le projet est légal, ils s’avancent un peu. »

Plusieurs recours en cours

« Le tribunal administratif de Limoges a rejeté, le 13 novembre 2025, un recours en référé estimant qu’il n’y a aucun doute sérieux sur la légalité des autorisations », plaide le communiqué de l’État et des cofinanceurs. Pas un mot en revanche sur les différents contentieux en cours. « Les autres procédures au fond, sont en attente de jugement », complète la préfecture. Une plainte a notamment été déposée contre les coupes forestières, effectuées, selon les opposants, « en dehors des périodes autorisées ». « Le déboisement ne se limite pas à l’emprise autorisée », reproche également le collectif.

132 millions d’euros.

Le coût global de l’opération pour le tronçon Couzeix-Nieul. Ce coût global prévoit les travaux en eux-mêmes, mais aussi les fouilles archéologiques, les mesures environnementales compensatoires et les acquisitions foncières. Les opposants au projet redoutent que ce coût finisse par augmenter, en raison de la durée des travaux. « Ce coût de 132 M€ inclut les 7 M€ déjà affectés au titre du CPER 2015-2022 », indique le communiqué publié en fin d’année dernière.

69 %.

La part de cette enveloppe financée par l’État. Prévue dans le cadre d’un contrat de plan Etat-région, la future opération est également financée par la Région (à hauteur de 15 %), puis par le Département et Limoges métropole, à égalité (8 % chacun).

21 m€.

Le coût estimé par l’État des mesures de transparence écologique.

45 hectares.

La surface agricole impactée par le projet de 2X2 voies de six kilomètres. « L’opération prendra en compte le maintien des continuités écologiques. Elle prévoit la création au total de 19 ouvrages de franchissement pour la faune avec la plantation de 3,9km de haies », indique la Dréal et « d’autres zones humides seront créées sur plus de 15 ha, qu’il s’agisse de mares, d’ornières ou de fossés », complète le dossier de presse de décembre 2025.

Trois recours attaquent aussi les fondements juridiques du projet (déclaration d’utilité publique, permis d’aménager et autorisation environnementale). « L’instruction sur la prorogation de la DUP est close depuis le 15 juillet, explique le collectif Alouettes. On attend la date du procès. Pour les deux autres procédures, la date de clôture de l’instruction est prévue pour la fin du mois de septembre. On espère que les recours seront jugés avant la fin de l’année. »

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Leurs démarches s’appuient notamment sur l’avis défavorable rendu, en juin 2025, par la commission d’enquête. L’ancienneté de l’étude d’impact environnementale y était notamment pointée du doigt. Elle « date, pour l’essentiel, d’avril 2018 ; depuis cette date, la sensibilité à l’environnement a largement évolué comme l’évolution de la législation et de la réglementation et la création du conseil national de la protection de la nature le confirment », note le rapport.

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Cette activité juridique traduit une opposition que rencontrent de nombreux projets routiers, partout en France. L’association Transitions limousines classe le projet de RN 147 parmi les investissements peu vertueux, qu’il faudrait réorienter. Ses promoteurs mettent, eux, en avant la qualité des compensations écologiques.

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« Les mesures compensatoires prennent des formes variées, détaillait un communiqué de décembre 2025 : installation de gîtes pour les espèces protégées, création ou restauration de zones humides, de prairies et de landes, création de haies. Le projet prévoit aussi la réalisation de 11 bassins d’assainissement pour collecter les eaux d’écoulement de la future route. Durant toute la durée de l’opération, une supervision des travaux sera assurée par un contrôleur externe environnemental. » Les mesures écologiques représenteraient 16 % du coût total des travaux.

« Les animaux partis ne reviendront jamais »

« Mais ce qui est détruit est perdu à jamais, note Louis. C’est bien de planter les arbres, mais il va falloir le temps qu’ils poussent. Les compensations ne sont pas totales. » « Les animaux qui sont partis ne reviendront jamais », ajoute le couple d’habitants de Sourue. « Surtout qu’en guise de plantation, ils achètent des forêts qui existent déjà en disant qu’ils ne couperont pas les arbres, pointe le représentant des Alouettes. Normalement, le triptyque environnemental, c’est “éviter-compenser-réduire”. Quand on peut, il faut commencer par éviter des travaux inutiles. »

Mais deux éléments reviennent pour justifier le projet : la sécurité et le désenclavement. « La section Nord-Limoges présente elle-même une accidentologie particulière, avec un taux d’accidents mortels deux fois
Plus élevée que la moyenne nationale entre 2010 et 2022 », avance le communiqué de l’État de décembre 2025. L’argument a été pourtant battu en brèche par la commission d’enquête : « L’étude socio-économique des variantes précise que, sur la période certes ancienne de 2010 à 2014, le secteur ne montre pas de différence d’accidentologie notable par rapport aux moyennes nationales », dénote le rapport.

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« Les accidents sont davantage au nord vers Bellac, abonde le collectif d’opposants. C’est là qu’il vaudrait mieux investir. » « La baisse significative de l’accidentogénéité sur la RN 147, objectif du projet litigieux, est déjà atteinte, comme cela a été démontré pour la période récente », explicite le recours en excès de pouvoir du collectif. Grâce notamment à l’abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h.

« On achète une maison, et boom, une route au fond du jardin »

Mais « désenclavement », « développement » et « attractivité » sont les mots qui reviennent à l’appui du projet, dans la bouche des élus locaux. « C’est la lubie des politiques », tance le représentant des Alouettes. Mais c’est bien cet enjeu qui symbolise « le problème à trois corps » que le journaliste économique Romaric Godin voit dans la société actuelle : entre l’impératif économique, la préservation de l’environnement et la défense de la qualité de vie humaine, il est compliqué, voire impossible, de trouver une harmonie. « Humainement, c’est compliqué, soupire le couple de Sourue : on achète une maison et quatre ans après, boum ! Une route au fond du jardin. On a peur pour le bien-être et la santé des enfants. Physiquement, ça me rend malade. »

« Ce qu’on veut éviter, c’est que les terrassements commencent, explique le porte-parole des opposants. Tant que ce n’est pas le cas, c’est moindre mal. » Mais entre les recours et la volonté de l’État d’avancer rapidement, c’est une course contre-la-montre qui s’engage. L’exemple de l’A 69, entre Castres et Toulouse est dans tous les esprits. « Les recours des opposants avaient été faits un peu plus tard, ajoute le représentant des Alouettes. Mais là-bas comme ici, on voit bien que l’État veut passer en force. » La question des fouilles pourrait rebattre les cartes et contribuer à une hausse du coût. « On a commencé à 60 M€, puis on est passé à 130, conclut l’opposant. Qui dit que ce ne sera pas plus ? »

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